Recommander

Présentation

Recherche

Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 16:30

La proposition de loi adoptée cette semaine par le Sénat enflamme les débats : elle veut imposer le principe de neutralité laïque au domicile des assistantes maternelles. René Vandierendonck a voté contre.



YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr
Les musulmanes vont-elles être empêchées d'exercer la profession d'assistante maternelle à domicile ? Non, mais certains traduisent déjà ainsi la proposition de loi adoptée cette semaine au Sénat. « Il rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, quand il s'agissait de proscrire les juifs de certaines professions », ose, par exemple, l'Union des juifs français pour la paix. En fait, c'est un peu plus complexe que ça, mais politiquement, la nouvelle majorité de gauche au Sénat a pris un sacré risque. Toute la gauche ? Non, le maire de Roubaix et sénateur récemment élu, René Vandierendonck, s'est désolidarisé du groupe socialiste et apparentés en votant contre l'article 3 de cette proposition de loi, celui qui concerne les nounous.

 


Chez les nounous
comme dans les crèches ?

En fait, le Sénat s'est emparé de l'affaire de la crèche Baby-Loup. Dans cette structure privée des Yvelines, une puéricultrice avait été licenciée parce qu'elle refusait d'enlever son voile. La justice avait donné raison à son employeur : il avait droit d'interdire le port de signes religieux dans son règlement. « Dans la première mouture du texte, il s'agissait de généraliser cette interdiction à tous les professionnels de la petite enfance, confie René Vandierendonck. Ça avait le mérite de la simplicité, mais c'est anticonstitutionnel ! » Le sénateur PS Alain Richard s'est chargé de remanier le texte et l'a découpé en trois points. Les deux premiers concernent les crèches et sont calqués sur ce qui se passe à l'école. Une crèche publique est tenue de respecter la neutralité laïque. Une crèche privée à financement public n'y est pas tenue, à condition que son caractère religieux soit clairement affiché et qu'elle accueille tous les enfants sans discrimination. « Ces deux points, je les ai défendus », précise le sénateur-maire de Roubaix, membre de la commission des lois.
Le troisième, par contre, lui a posé problème. « Alain Richard a voulu transposer la même logique aux assistantes maternelles. Il existerait pour elles une obligation de neutralité par défaut », explique René Vandierendonck. Concrètement, les nounous devraient préciser dans le contrat qui les lie avec les parents qu'elles ne s'engagent pas à respecter la neutralité religieuse. « C'est une intrusion excessive dans la sphère privée et ça pourrait être source de contentieux », déplore le sénateur roubaisien. « Le diable est dans les détails », ajoute-t-il : des parents qui auraient un problème avec leur nounou pourraient lui reprocher d'avoir une photo de la Mecque dans son salon...
Combien sont-elles susceptibles d'être concernées à Roubaix ? Pourraient-elles appliquer une telle loi ? Le Point famille, association qui gère le relais d'assistantes maternelles, n'a pas donné suite à nos demandes d'interview. À en croire René Vandierendonck, elles n'ont pas à s'inquiéter : la proposition de loi du Sénat a toutes les chances de finir aux oubliettes

Par Patpec442
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 16:26

Lors de son au meeting au Bourget, François Hollande s'est engagé à inscrire la loi de 1905 dans la Constitution française. Une proposition surprenante et difficilement applicable pour Philippe Portier, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE) et spécialiste de la laïcité française.

Philippe Portier

> Par Philippe Portier Sociologue / philosophe

Edité et parrainé par Sébastien Billard

 

L’initiative de François Hollande sur la laïcité est juridiquement surprenante. Il faut d'abord préciser qu’une partie de la loi de 1905 a déjà valeur constitutionnelle, celle qui, dans l’article 1er, reconnaît la valeur de la liberté de conscience et de la liberté de culte.

 

Ensuite, la constitutionnalisation de la loi conduirait à inscrire dans la Constitution des éléments très pratiques et précis (comme ceux qui concernent l’organisation concrète des associations cultuelles chargées de gérer les biens confessionnels des différentes religions). Ces dispositions pratiques deviendraient, du coup, quasiment irréformables, risquant de mettre le droit des cultes, qui est en évolution constante depuis un siècle (la loi de 1905 a été modifiée à maintes reprises), en disjonction avec les demandes et les évolutions de la société. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs les Constituants se gardent bien ordinairement, au-delà du problème de la laïcité, de transformer en règles constitutionnelles de simples éléments de politique publique. 

 

La réforme de François Hollande risque de mettre en péril l’équilibre subtil qui a été trouvé depuis plusieurs décennies maintenant.

 

François Hollande lors de son premier grand meeting au Bourget, le 24/01/2012. (FRED DUFOUR / AFP)

 François Hollande lors de son premier grand meeting au Bourget, le 24/01/2012. (FRED DUFOUR / AFP)

 

Deux points méritent d’être soulignés. 

 

-Le premier touche les statuts dérogatoires à la loi de 1905, et tout particulièrement le statut de l’Alsace-Moselle. Celui-ci est défini par le régime concordataire venu de Napoléon Bonaparte et maintenu après la première Guerre mondiale.

 

En Alsace-Moselle, "la République reconnaît" quatre cultes qu’elle subventionne et dont elle salarie les clercs. La constitutionnalisation de la loi de 1905 viendrait ipsofacto placer le système concordataire en dehors du cadre constitutionnel, et fragiliser son existence. Il suffirait d’une saisine par le truchement de la question préalable de constitutionnalité pour en obtenir la caducité.

 

Nous pouvons aisément imaginer les réactions sociales à la fois des Eglises et des populations. Ce statut religieux fait partie d’un droit local lato sensu auquel les départements de l’Est sont très attachés, et que les ministres socialistes de l’Intérieur ont toujours d’ailleurs déclaré vouloir respecter. François Hollande retrouve ici la politique "uniformisatrice" du Cartel des Gauches (1924) et du Programme commun de la gauche de 1972 qui avaient voulu en leur temps revenir sur cet état de fait.

 

-Le second point touche à la question des financements. La République a développé toute une série de dispositifs visant à subventionner indirectement les cultes. Ces dispositifs étaient inscrits dans des lois qui ont complété, sans le dire, la loi de 1905.

 

Les principales mesures datent du début des années 1960 comme celles qui soustraient les édifices du culte aux taxes foncières ou permettent à la puissance publique de garantir les emprunts pour les associations qui ont entrepris de lancer des projets en vue d’édification d’ouvrage cultuel. D’autres sont venues à la fin des années 1980 et au début des années 1990, comme celles qui permettent des déductions fiscales pour les donateurs aux associations cultuelles (article 200 du Code général des impôts), ou l’attribution de terrains aux cultes par le système des baux emphytéotiques.

 

Le projet de François Hollande, s’il était appliqué viendrait remettre en cause ces dispositions puisque "la République ne subventionne aucun culte" (sauf jurisprudence très adaptative du Conseil constitutionnel, ce qui est très hypothétique). Or, ces dispositions bénéficient à tous les cultes, et notamment le culte musulman (qui pourra, à juste titre, s’estimer, par d’autres biais que dans la politique de M. Guéant, discriminé). Il faut rappeler que les municipalités socialistes sont souvent aujourd’hui très ouvertes à ce type d’aide aux différents cultes.

 

On peut faire deux lectures de la position hollandaise. Une lecture doctrinale : le candidat du PS retrouve la doctrine dure de la SFIO, ce que semble signaler son mot lors du discours du Bourget : "La laïcité libère et protège". De quoi ? Du religieux, envisagé, selon la vieille doctrine française, comme le support du fanatisme et de la superstition.

 

Une lecture stratégiste de cette proposition, est à mon avis plus probable : le candidat doit savoir que son projet est difficilement applicable. Sans doute cherche-t-il d’une part à reprendre pied sur un terrain d’où le PS a été singulièrement absent depuis dix ans et où la droite et l’extrême-droite se sont taillé la part du lion ; d’autre part, à séduire la fraction de son électorat la plus attachée à une ligne laïciste, et parfois, pourquoi le nier, inquiète devant les affirmations identitaires de l’islam en France

Par Patpec442
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 16:24

 

Plus célèbre que connue, la loi de 1905, invoquée de façon incantatoire par les politiques, est volontiers manipulée et déformée à des fins partisanes, selon Jean Baubérot, qui publie "La Laïcité falsifiée", sujet revenu au premier plan de la campagne présidentielle.

Ce professeur émérite de la chaire "histoire et sociologie de la laïcité" à l'Ecole pratique des Hautes Etudes évoque ces "escamotages" dans un entretien à l'AFP.

"L'évolution de l'emploi du terme +laïcité+ au cours des dix dernières années a abouti à réduire la laïcité à des problèmes de neutralité. Et la manière dont on traite de la neutralité est de plus en plus éloignée de la loi de séparation de 1905" de séparation des Eglises et de l'Etat.

Or, dit-il, "cette loi, vraiment équilibrée, instaure une laïcité qui est la même pour tous. Elle fait les mêmes peines pour les atteintes à la liberté religieuse et à la liberté de convictions non religieuses. C'est une laïcité qui est incompatible avec la stigmatisation des immigrés".

"Inscrire dans la Constitution la loi de 1905 serait à mes yeux un progrès, parce qu'on cesserait alors de penser uniquement à l'Islam quand on parle de laïcité", poursuit-il en allusion à la récente proposition du candidat socialiste François Hollande. "Mais cela reviendrait à briser la loi du silence sur le statut concordataire en vigueur en Alsace-Moselle", prévient-il.

Pour Jean Baubérot, la "mutation" de la loi a commencé en 2003, quand a surgi le concept d'une "nouvelle laïcité, culturelle et identitaire, qui ne serait pas acceptée par une partie des immigrés, notamment des musulmans".

De gauche à droite

"La laïcité, considérée comme une valeur de gauche, a alors glissé vers la droite où il a été dit que jusqu'à un certain point elle était +incompatible+ avec les Droits de l'Homme".

"A force de parler de communautarisme et d'intégrisme, sans en définir les termes, on a permis que le Front National s'empare de ce sujet, comme l'a fait Marine Le Pen avec +l'occupation+ par les musulmans +de pans du territoire soumis à la loi religieuse+. Un habile tour de passe-passe".

Une logique de "laïcité culturelle et identitaire" qui a, selon lui, été "reprise par d'autres comme Jean-François Copé et la droite populaire".

En avril dernier, le débat de l'UMP que Jean-François Copé voulait lancer sur l'Islam dans la république, a suscité des remous, y compris au sein de son parti, relève Jean Baubérot.

"Mais cela montre bien que la +laïcité+ était utilisée comme un mot-leurre, un masque et que sa véritable intention était de faire un débat sur l'islam et la République. Une partie de la droite a refusé d'abonder dans le débat, comprenant qu'il y avait, là aussi, un tour de passe-passe".

Interrogé sur la proposition de loi adoptée au Sénat, majoritairement à gauche, sur le principe de laïcité dans les crèches, centres de loisirs et pour les assistantes maternelles, Jean Baubérot se dit "très étonné".

"On a l'impression d'une certaine improvisation. Elle me semble aller contre les équilibres de la loi de 1905, en stigmatisant le port du simple foulard à domicile, plus que tout autre signe religieux et alors qu'on peut soumettre un un enfant à n'importe quelle ânerie à la télévision".

"La loi permettrait, dans un gouvernement autoritaire une intrusion policière au domicile, ce que ne veulent pas les auteurs de la loi. Reste qu'ils ne seront peut-être pas toujours au pouvoir et que leur loi pourrait être appliquée de manière liberticide."

La laïcité falsifiée. Editions La Découverte. Paru en janvier

Par Patpec442
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 16:04
 Article paru dans l'édition du 07.12.11
Le PS organisait, mardi 6 décembre, ses deuxièmes Rencontres de la laïcité à l'Assemblée. Au Sénat, la gauche propose de restreindre le port du voile dans les lieux accueillant des enfants




De « rencontres » en « rencontres », le Parti socialiste s'efforce de dessiner son programme présidentiel sur la laïcité. François Hollande devait clore l'après-midi de débats que le groupe socialiste de l'Assemblée nationale organise, mardi 6 décembre, sur le sujet. L'heure n'est pas aux propositions détaillées mais le candidat PS à l'élection présidentielle devait notamment annoncer sa volonté de « constitutionnaliser » la loi de 1905 ; une manière de sanctuariser ce texte fondateur de la séparation entre les cultes et l'Etat.

Ulcéré de s'être laissé doubler par la droite, voire par l'extrême droite, sur ces sujets traditionnellement sensibles à gauche, le PS cherche à y reprendre pied. Sans éviter la confusion et les clivages, qui, en la matière, caractérisent les débats à gauche. « On a toujours eu des contradictions sur ces sujets, reconnaît Jean Glavany, spécialiste de la laïcité au PS. Et on a toujours cherché la synthèse entre des militants laïcs très rigoureux, pour qui tout compromis est une compromission, et d'autres plus partisans du multiculturalisme. »

La semaine qui s'ouvre illustre cette tension. Mardi, les responsables socialistes présenteront un « Guide pratique de la laïcité », qui liste les « bonnes pratiques » adoptées par des collectivités locales socialistes pour répondre aux questions nouvelles posées - principalement - par l'islam. Une approche pragmatique, légaliste et dépouillée de ses aspects les plus idéologiques. « Nous avons voulu montrer qu'à partir des lois et règlements actuels, pour contestables qu'ils soient, des municipalités ont pu trouver des solutions qui évitent la rupture entre leurs administrés », explique M. Glavany dans la préface du guide.

Le travail de compilation a été confié à l'anthropologue Dounia Bouzar, dont l'approche sur ces sujets est jugée trop « multiculturaliste » par nombre de personnalités de gauche. En l'occurrence, Mme Bouzar développe des dossiers concrets de gestion des lieux de culte, de demandes de non-mixité, de restauration scolaire ou de cimetières. Ce guide est aussi pour le PS l'occasion d'expliquer le contexte qui a favorisé l'ouverture de créneaux horaires accordés à des femmes dans une piscine lilloise entre 2000 et 2008. Les détracteurs de la maire, Martine Aubry, y voient toujours le signe de son communautarisme supposé.

Or il n'est pas question pour le PS de promouvoir les « accommodements raisonnables ». Le guide devrait même éviter que « des élus ne versent dans des dérives communautaristes face à des demandes identitaires », insiste M. Glavany.

Face à ces tentations, une partie de la gauche tient d'ailleurs à réaffirmer sa défense « d'une laïcité républicaine ». Dans cet esprit, les sénateurs examineront, mercredi, une proposition de loi de Françoise Laborde (Parti radical de gauche) et du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE).

Ce texte prévoit « d'étendre l'obligation de neutralité à certaines personnes ou structures privées [hors établissements confessionnels] accueillant des mineurs et à assurer le respect du principe de laïcité ». Un thème évoqué par le gouvernement et l'UMP ces derniers mois mais sur lequel la droite a renoncé à légiférer.

Les subtilités juridiques et les amendements complexes introduits par le rapporteur socialiste, Alain Richard, atténuent la portée du texte initial. Ce dernier prévoyait de conditionner l'agrément délivré aux assistantes maternelles à leur neutralité religieuse, y compris pour les femmes gardant des enfants à domicile.

Mais, en reprenant à son compte la jurisprudence « Babyloup » - qui permet aux structures privées de restreindre la liberté d'expression religieuse des salariés par le biais du règlement intérieur -, et en prévoyant que les assistantes maternelles, « sauf stipulation contraire dans le contrat de travail, soient soumises à une obligation de neutralité religieuse », le texte s'inscrit dans le contexte général d'extension du principe de laïcité au-delà des agents du service public. Et cible en premier lieu les femmes voilées.

« La moindre des choses est que les parents sachent à qui ils confient leurs enfants », plaide M. Richard, en butte au scepticisme de plusieurs de ses collègues. Ainsi, tout en se disant « prêt à se rallier au texte », Gaëtan Gorce (PS) a évoqué « une dérive » en commission des lois. « On a commencé à interdire, à travers le port du voile, l'expression religieuse dans la rue, puis dans les lieux de travail, et voici que l'on continue dans les domiciles. » Pour le sénateur de la Nièvre, « cela traduit davantage une angoisse devant une forme religieuse à laquelle nous sommes mal préparés que la défense des principes auxquels nous sommes attachés ».

« Une énième loi sur le voile est-elle utile ? » s'est aussi interrogée Esther Benbassa (EELV). « Que le contrat de travail précise l'habillement me semble source d'un contentieux permanent », a ajouté Nicole Borvo Cohen-Seat (communiste). Mais Mme Laborde tient à son texte. « En 1981, la gauche n'a rien fait pour la laïcité ; il faut avoir du courage. A force de reculs, on laisse des brèches ouvertes » pour le communautarisme.

Sur ces sujets sensibles, rendus plus délicats par la proximité d'échéances électorales et la réaction d'une partie des musulmans, la gauche risque d'avoir du mal à parler d'une seule voix.

Stéphanie Le Bars
Par Patpec442
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 16:00

par Jean Baubérot, titulaire de la chaire histoire et sociologie de la laïcité à l'Ecole pratique des hautes études

En 1946, la Constitution a déclaré que la République est "laïque". En 1958, celle de la Ve République réitère cette affirmation et ajoute : elle "respecte toutes les croyances". Mais le contenu de la laïcité ainsi constitutionnalisée est resté flou. C'est pourquoi la proposition de François Hollande représente un progrès.

Certains juristes ont proposé une solution boiteuse : rendre constitutionnel (seulement) l'article premier de la loi de 1905 qui instaure les libertés de conscience et de culte. Mais la loi de séparation comporte 44 articles, et elle repose sur un trépied. Celui-ci comprend également l'article 2 abolissant le système des "cultes reconnus", le salariat et les subventions qui étaient liées (les "services d'aumôneries" pourront émarger sur fonds publics), et l'article 4, qui implique le respect par l'Etat de la constitution propre de chaque culte.

En fait, il s'agit alors de rompre avec les trois piliers de la politique gallicane suivie aussi bien par la monarchie que par le bonapartisme : contrôler la religion, la protéger, l'aligner sur une logique d'Etat. Trois aspects que l'UMP a remis en vigueur, en développant un néogallicanisme, séparant notamment une laïcité (contrôle) et une liberté religieuse (protection).

Une nouvelle rupture est donc nécessaire. On pourrait penser qu'avec la constitutionnalisation de l'ensemble de la loi de 1905 toute ambiguïté sera levée. Malheureusement, les choses ne sont pas si simples. La référence à 1905 peut se trouver dévoyée. "La laïcité : une valeur au coeur du projet républicain", titre une partie du programme du Front national.

Celle-ci commence par un éloge dithyrambique de la loi de 1905, puis continue par la dénonciation du "communautarisme", qui voudrait "appliquer la charia en France". Au final, le FN propose d'instituer un "ministère de l'intérieur, de l'immigration et de la laïcité" et invoque, à nouveau, la loi de 1905 pour justifier des mesures répressives.

On sait que la "droite populaire" n'est pas loin d'une telle optique. Cela oblige à préciser auprès de l'opinion publique en quoi la loi de 1905 et sa constitutionnalisation n'ont rien à voir avec de telles manipulations, qui font d'ailleurs dire à cette loi ce qu'elle a refusé.

Il faut le faire en concrétisant ce que va impliquer la constitutionnalisation de la laïcité. Voyons quelques-unes des pistes qui pourraient être suivies. Il est possible de partir du principe suivant : la République est "indivisible, laïque, démocratique et sociale", donc la laïcité doit être indivisible, républicaine, démocratique et sociale.

La laïcité est indivisible. Le stigmatisant débat de 2011 de l'UMP sur la laïcité était d'abord intitulé "L'islam et la République". Ce n'est pas le seul indice qui montre que, quand on dit "laïcité", on pense en fait "islam". Cette équivalence est insupportable. En fait, depuis 2006, on a institutionnalisé une laïcité divisible en confiant les propositions en la matière au Haut Conseil à l'intégration (HCI).

C'est faire croire que la laïcité s'appliquerait à une partie des Français. Cela est discriminatoire et il ne faut pas s'étonner si la laïcité n'est plus pensée par nos concitoyens. Il faut donc retirer le dossier "laïcité" au HCI. La neutralité de la puissance publique est arbitrale, elle est impartiale envers toutes les familles de pensée.

La laïcité est républicaine. La séparation des Eglises et de l'Etat doit être revivifiée. Il serait paradoxal qu'inclure la loi de 1905 dans la Constitution induise la constitutionnalisation de sa non-application en Alsace-Moselle ! Pour ne pas aboutir à la coexistence d'une "laïcité positive" et d'une "laïcité restrictive", un processus devra être entrepris avec les populations intéressées afin que le "droit à la différence" des Alsaciens-Mosellans ne continue pas à générer une "différence de droits".

Et la séparation, ce n'est pas seulement 1905, c'est aussi la loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse qui sépare la loi civile de certaines morales religieuses. Ce que propose M. Hollande sur le mariage homosexuel, la loi qui avait été votée par le Sénat sur l'euthanasie relèvent aussi de la séparation et doivent être rattachés à la laïcité.

La laïcité est démocratique. La loi de 1905 s'inscrit dans les lois de liberté votées par la IIIe République (liberté de la presse, de réunion, d'association...) qui ont permis l'éclosion de la société civile, dont les "familles de pensée" font partie. Les libertés de conscience et de culte sont des libertés publiques qu'on ne peut réduire à la "sphère intime". Le bureau des cultes deviendra le bureau de la laïcité et sera transféré du ministère de l'intérieur à celui de la justice. La laïcité s'incarne dans un dispositif juridique où elle met les religions dans le droit commun. Celles-ci ont droit à l'indifférence, à ne pas être l'objet de lois spécifiques.

La laïcité est sociale. C'est parce qu'il a compris cela que Jaurès a appuyé Briand, contre les ultralaïques de 1905. Alors laïcité et solidarité allaient de pair. A contrario, la laïcité kémaliste a échoué, faute d'avoir été sociale. La laïcité n'est légitime que si "les pouvoirs publics luttent contre les pratiques discriminatoires", affirme de son côté la commission Stasi. Outre les mesures annoncées par François Hollande, il va falloir recréer la Halde avec des moyens appropriés et appliquer une laïcité égalitaire à toutes les familles de pensée, incluant les convictions areligieuses défavorisées.

En définitive, mettre la loi de 1905 dans la Constitution, c'est remettre la laïcité sur ses pieds. On hypertrophie la neutralité, en l'interprétant de façon parfois contraire à la loi de 1905, et on atrophie ses autres aspects : la séparation, la liberté de conscience et le principe de non-discrimination. La laïcité est donc un dossier essentiel pour le candidat socialiste. Son renouveau est important pour la rive sud de la Méditerranée : interdire ici est le meilleur moyen de justifier des obligations là-bas. La laïcité s'impose aux religions par la liberté. Il faut, au Nord comme au Sud, mettre en avant les libertés laïques.

Par Patpec442
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés